A la rencontre du plus haut vignoble du monde

Alors oui, l’Argentine, c’est le berceau du tango, c’est de grandes étendues, c’est de la super méga bonne bidoche maiiiis, c’est aussi le vin. Comme dans tous les pays d’Amérique du sud ce sont les colons espagnols qui ont apporté la vigne. A l’origine la culture de la vigne fait partie intégrante de la mission d’évangélisation. Ce sont les Jésuites les premiers vignerons, et le vin de messe le premier cru. Mais la vinification se modernise au 19ème.

Bienvenue dans le monde du malbec!

Ce nom résonnait en moi depuis qu’un intervenant, durant des cours de dégustation sur les vins du nouveau monde il y a quelques années, nous dit : « l’avantage des pays comme le Chili et l’Argentine, c’est que nous sommes naturellement sur une culture en bio. Les vignes étant en altitude et dans le nord, à flanc de la cordillère, que quasi aucun ravageur ne s’établit ». pas de mildiou, pas de cuivre non plus (métaux lourd qui s’accumule dans le sol, en France, le cuivre est limité à 5kg/an/ha). Le paradis de la vigne quoi!

Après avoir passé trop de temps a tergiverser, je prends mon billet, je fais ma valise, je note mon petit trajet des « fincas » et « bodegas » et hop, dans l’avion.

Il y a 3 grandes régions viticoles : les alentours de Salta, dans le nord. Les alentours de Mendoza, à 1000km en dessous de Salta mais nous sommes toujours dans le nord ouest et la Patagonie dans le sud de l’Argentine.

Premier arrêt : Colomé et la bodega la plus haute du monde (à 130km de Cafayate, le territoire s’étant de Colomé à Santa Maria sur 4000hectares, aussi grand que le terroir de Cahors par ex):

 ALTURA MAXIMA

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Le loueur de voiture me dit qu’il est impossible d’aller jusqu’à Colomé avec ma voiture de location : « Quoi? j’ai fait tout ce chemin pour pas aller là bas? ca va pas ou quoi? »

  • non non, je vous assure, s’il pleut c’est dangereux. Il faut traverser des rivières, il y a des nids de poules…. » (traduction de l’espagnol)
  • Ah bon? tu veux dire que la petite Ford KA 1999 que je loue la peau du — pourra pas y aller. Bon, d’accord, promis juré j’irai pas »

Le lendemain, me voila à Colomé 🙂 🙂 Disons le franchement, le français n’écoute personne, nous sommes bien au delà de tout ca. Nous, on sait.

M’enfin quand même, je reconnais qu’heureusement il n’a pas plu. De Colomé (tout petit village) jusqu’à Altura Maxima, ca fait un peu peur. Il n’y a que 18km, mais la route n’en est pas une, c’est une piste faite de trous, jonché de troncs d’arbres et de multiples passages au milieu de lit de rivières et en effet, s’il avait plu, je n’aurais jamais pu y aller. Alors faites attention si vous y allez, SURTOUT ne prenez pas une Ford KA.

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Après 1h de route qui m’a valu un mal de dos pas possible (on se rend compte après que la KA est une voiture sympa, mais franchement, sur une route asphaltée…), j’arrive au domaine. C’est étonnant de passer d’une terre autant aride quasi désertique à soudain une flore si présente et variée. Une vigne de 2m de haut nous accueille.

Cette région se caractérise par des conditions climatiques très singulières pour la culture de la vigne :

La température moyenne annuelle est de 18 degrés. Les vignes poussent entre 1500 et 3000m d’altitude ce qui provoque un effet plus intense des rayons du soleil. Les précipitations annuelles sont très limitées ce qui permet au vigneron de réguler lui même l’irrigation. Les montagnes qui entourent la vallée empêchent au vent humide de l’est de passer ce qui contribue à une bonne santé des cultures. L’amplitude thermique est extrême, il peut y avoir 20 degrés de différence entre le jour et la nuit ce qui permet au raisin de profiter de la chaleur du jour en incorporant nutriments et se « reposer » la nuit. Pour finir, les sols sont constitués de sédiments de type sable fin avec en dessous 40 % à 50 % de pierre ce qui permet un excellent drainage.

Nous sommes début février, les vendanges commenceront à la fin du mois.

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Le domaine a été racheté par un suisse fortuné, Donald Hess, qui a fait le pari audacieux de planter de la vigne a plus de 3000m. Il a 75ha et la bodega existe depuis 1831 et fait donc partie des plus vieux domaines argentins. L’œnologue est un jeune bouriguignon. La culture est en bio et certaines parcelles en biodynamie (sans en avoir le label). L’aridité de la terre nous fait prendre conscience qu’il pleut peu, entre 100 à 120 mm par an comparé à nos 700mm dans le sud!! Malins, ils utilisent l’eau de la montagne. Les vignes sont toutes pré phylloxériques (whouaaaa) et les vendanges se font apparemment en cagettes. Donald Hess se paye le luxe d’agrandir « un peu » et achète 200ha en plus autour de Cafayate à 2h30 de là. Mais il parait qu’ils n’utilisent pas de souffre, viens donc la question : « mais comment faites vous pendant la vendange? à 2h30 de la cave? pour que les raisins ne s’oxydent pas dans la benne? » « hé bien le trajet s’effectue pendant la nuit » (mmmmouaiiiisss…..  images082PJ4JI.

Après être passé par une salle cinéma où l’on voit le commencement de la bodega jusqu’à nos jours, les investissements qui ont été fait tout ca tout ca + grosse communication sur ce que Donald Hess a apporté aux petits villages alentours, nous attaquons la dégustation (non sans avoir payé auparavant la coquette somme de 300 dollars argentin/pers).

Allez, on y va

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D’abord le torrontes et riesling 2015 : robe pâle, le nez est expressif et floral avec de subtils notes de fruits à chair blanche. La bouche est fraiche et acidulée avec une petite amertume au final. Il y a une bonne longueur dans ce vin.

On continue avec le malbec 2015 : robe violacée, nez fruité sur de la cerise. La bouche est vive et intense, on retrouve des notes fruitées. C’est un vin à garder pour qu’il puisse mieux s’exprimer.

Malbec 2013 : La robe est rubis, le nez est fruité avec des notes de réglisse et de menthe. La bouche est plus ample que le premier, les tanins sont souples. C’est bon et gourmand

Malbec 2012 : robe rubis, le nez est herbacé avec une bouche vive et des tanins souples. Encore plus de structure que le second

On goute un autre malbec 2013 de la gamme authentico, les vignes datent de 1831 et représente 4ha: La robe est rouge intense avec des reflets violacés. La bouche est ample avec une bonne structure. Il y a de la fraicheur du à l’altitude, les tanins sont souples. Belle longueur sur l’acidité et les fruits.

Le petit dernier :

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Malbec 2010 : robe grenat, le nez est intense sur des notes de murs, cerises, tabac, réglisses et vanilles. La bouche est vive, l’alcool vient ensuite relayé par la fraicheur qui soutient le tout. Les tanins sont présents et croquants. On retrouve des notes kirschéés. Très belle longueur. C’est bon même si on ressent beaucoup le bois.

Le lieu est beau, manque de sourire malheureusement. Avec ses 600 000 bouteilles produites par an par les différentes bodegas, les vins s’appuient sur un marketing efficace : l’altitude. Dans tous les cas, Donald Hess a réussi la prouesse technique et agricole avec des vignes plantées jusqu’à 3200m, et même si parfois la qualité se fait un peu ressentir, la ligne « authentico » est ma favorite, pas de clarification, pas de filtration enfin un peu d’authenticité!

 

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